Auteure et illustratrice : Mylène Ormerod

Maison d’édition : Éditions Dreelune

Parution : mai 2017

Nombre de pages (version papier) : 84

Genre : Nouvelle fantastique

Je remercie les éditions Dreelune de leur envoi et de leur confiance.

 

 

 

 

Présentation de l’éditeur

Guerrier est une bête, un monstre de muscles et de puissance. Il est le danger. Un seul regard de sa part et vous frémissez.

Le mystère de cette créature attire et passionne.

Quelle est-elle ?

Un chien ? Un loup ? Ou bien plus…

Mystères…

À pas de Loup est une nouvelle en deux parties très bien menées. Robert, un ancien militaire, rencontre dans un bar un étrange scientifique et collectionneur – Louis, qui lui fait part de son désir de voir la bête dont le premier serait le propriétaire. S’ensuit alors un bras de fer psychologique fort intéressant entre les deux hommes. Pourquoi s’adonnent-ils à ce petit jeu ? Aux yeux du lecteur, cela paraît bien mystérieux… L’on découvre alors Guerrier, la fameuse créature qui, malgré sa taille imposante, a perdu de sa vigueur – c’est le moins qu’on puisse dire – à cause de la maltraitance dont elle est quotidiennement victime… Mais Othamo semble en savoir long sur la nature de Guerrier. Son arrivée va changer la donne…

La nouvelle met en scène des personnages ambivalents, dont on ne cesse de se demander quelle facette va émerger et prendre le dessus sur les autres. Le lecteur mène alors un combat entre répulsion et fascination. Robert est effrayant, pervers, malade et jouit de la faiblesse de son animal, réduit à un simple objet, mais dont on devine un passé tout autre. Il semble l’aimer autant qu’il le déteste. Comment le collectionneur qui, lui aussi, montre une forme de curiosité malsaine, a-t-il appris l’existence de Guerrier ? Des rumeurs, affirme-t-il. Pourtant, Robert a pris soin d’isoler sa créature pour mieux la posséder, ou plutôt, la déposséder de ce qu’elle est réellement…

Il laissa Louis s’avancer en bordure du périmètre protégé tandis que lui-même se dirigeait vers le compteur électrique. Dans la pénombre, on ne distinguait rien de bien précis, il se hâta donc d’allumer. Puis il examina avec fierté l’énorme masse blanche aux muscles puissants – et redoutables pour les avoir vus à l’œuvre – qui s’approchait avec méfiance. Son poil épais était abîmé par endroits. Sur sa peau à nu, on pouvait distinguer quelques cicatrices récentes et d’autres plus anciennes. Robert croisa alors le regard gris, vif et plein d’intelligence de son animal.

Il grimaça. Le provoquait-il encore ?

Il n’aimait pas déceler dans ses yeux la lueur de défi qui y brillait en cet instant. Il allait devoir le rappeler à l’ordre et l’obliger à baisser la tête.

Si l’intrigue en elle-même est assez simple – le format de la nouvelle s’y prête d’ailleurs très bien – j’ai plongé dans l’univers de l’auteure avec plaisir, avec la sensation constante que tout pouvait basculer, d’un seul coup. De l’humain ou de l’animal, on se demande qui est le plus redoutable…

Visages du double et métamorphoses

Si une chose peut se répéter, si son apparence peut se refléter, alors ni la chose ni son apparence ne sont absolument vraies ni absolument fausses et tout n’est qu’illusion. Il n’y a pas d’idée de double sans celle d’une dissolution de la réalité objective du monde et le fantastique, postulant le surnaturel, se fonde sur l’hypothèse de ce monde-ci.

Nathalie Prince, La littérature fantastique [2008], 2ème édition, Paris, Armand Colin, 2015

Le thème du double, motif du fantastique par excellence, traverse la nouvelle et se manifeste sous différentes formes. La relation entre Robert et Guerrier semble agir comme un système de vases communicants. Plus la créature s’affaiblit, plus son bourreau se trouve en situation de toute puissance. Othamo, de son côté, n’a de cesse de vouloir « libérer » la bête. Pourquoi ? Quels liens peuvent se tisser entre l’homme et l’animal ? Guerrier est en proie à une peur persistante et l’on s’interroge avec lui sur la nature des intentions d’Othamo. Certaines scènes, très réussies, brouillent les pistes…

Le choix du narrateur omniscient – qui intègre donc les consciences des personnages – permet de livrer un récit complet en croisant les points de vue. On se rend compte très vite de l’étrangeté des situations, des doutes et des souffrances des uns et des autres. Guerrier, doté de pensées, n’a pourtant aucun souvenir de sa vie avant la rencontre avec son bourreau. Se pourrait-il que la créature représente en réalité la part lumineuse d’un esprit malade et tourmenté, celle qui ne demande qu’à émerger pour permettre un retour à une vie personnelle et sociale ? La voie d’une possible guérison, peut-être…

À pas de Loup est une nouvelle qui remue, redéfinit les contours du monstre en littérature, entre identité et altérité. L’écriture de Mylène Ormelod, fluide et poétique, invite à un excellent moment de lecture.

 

À pas de Loup de Mylène Ormerod
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