Auteure : Conceição Evaristo

Traduit du brésilien par : Paula Anacaona

Illustratrice : Lucia Hiratsuka

Maison d’éditionÉditions Anacaona

Collection : Terra

Parution : mars 2016

Nombre de pages : 216

 Banzo : Nostalgie mortelle qui frappait les Noirs esclaves arrivés d’Afrique. (p. 17)

 

Présentation de l’éditeur

« La favela souffrait à l’unisson. Une seule crainte, un seul désespoir : sa démolition. »

Dans cette favela d’une autre époque, Tite-Maria, négrillonne pleine de rêves et d’espoirs, raconte. Entre misères et grandeurs, pauvreté et solidarité, elle crée une histoire plus grande, celle de la favela.

« Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple. »

Conceição Evaristo, afro-brésilienne, est la grande voix féministe et mémorialiste au Brésil. Son deuxième roman est un véritable écrit-racine.

La favela, personnage-monde

Quitter la favela, vivre ailleurs… Une autre favela, pourquoi pas ? Le sens de la vie apparaîtrait peut-être plus tard ?

Dans ce récit-mosaïque composé de fragments de vie, de flash-back et d’histoires contées, nous suivons les trajectoires et les destins de plusieurs personnages. Il y a ceux qui souffrent de vivre, ceux qui vivent dans la honte, ceux qui meurt, des jeunes et des moins jeunes. Il y a les rêveurs, les amoureux, les résistants, les personnages solaires, les éducateurs et les visionnaires, comme Maman Joana, Mémé Rita, Bonté ou le Nègre Alirio, qui rendent les situations moins pénibles, par leur présence et leur regard.  

Que reste-t-il à Onc’ Toto après que la mort s’est invitée plus d’une fois dans sa vie, lui ôtant ses deux premières épouses et son enfant ? Comment retrouver sa vie, sa dignité, lorsqu’on est une femme, une mère, lorsqu’on a découvert l’envers de la misère et osé dérober un bijou chez sa maîtresse – bijou parmi  d’autres bijoux, à côté des étoffes, des parfums et autres luxueux cadeaux, lorsqu’on sort tout juste de prison ?

L’amour, l’amitié, la solidarité, l’espoir, l’éducation – moteurs de vie universels – pansent les plaies, apaisent les craintes, permettent de relever la tête. Nul besoin de discours ou de héros. Dans Banzo, les voix et les gestes des favelados en disent suffisamment long.

Au fil des pages, comme une mauvaise ritournelle, le Monstre – le tracteur – poursuit son oeuvre de destruction massive et semble narguer son monde. Les familles reçoivent petit à petit l’ordre de quitter les lieux. Malgré la misère et les désillusions, le déracinement forcé dépasse toutes les souffrances. Aucun ne souhaite partir, ils se connaissent depuis si longtemps… Pour aller où ? Comment reconstruire sa vie ailleurs ? Certains mourront avant… banzo

Loin du simple décor et des clichés, la favela est un personnage à part entière, dont les histoires passées ou présentes alimentent les joies et les peurs, la réalité et l’imaginaire de ses habitants, emplissent en particulier la vie de Tite-Maria, une des seules enfants noires à aller à l’école et qui nous raconte aujourd’hui.

Les illustrations de Lucia Hiratsuka – magnifiques – saisissent en quelques traits, dégradés d’encre noire (technique du sumi-ê), le vide et le plein caractéristiques de la favela. Instants poétiques de toute beauté, offrant aux lecteurs la possiblité de combler les blancs ou non…   

Le pouvoir de l’écriture

Tite-Maria écoute les histoires des grands et se promet de les écrire un jour. Portant un regard à la fois émerveillé, inquiet et lucide sur son environnement, elle laisse ses pensées et ses émotions vagabonder et l’envahir, retenant au plus profond d’elle-même les rires et les pleurs, les lèvres frémissantes des adultes qui se souviennent, les images…. pour ne (surtout) pas oublier. Un acte de résistance déjà ancré en elle, comme pour relayer les adultes dont elle devine qu’ils ne trouveront pas toujours les mots ou n’auront pas l’occasion de les prononcer…

La vie ne pouvait se résumer à cette misère crevarde. Elle réfléchit, chercha tout au fond de dedans-elle ce qu’elle pouvait faire. Son coeur étouffait, à l’étroit dans sa poitrine.

La pensée surgit, rapide et limpide comme l’éclair : un jour, elle écrirait tout.

En lisant les éléments de biographie qui figurent à la fin du livre, on découvre que l’auteure et sa famille ont été autrefois expulsés de leur favela. Pour autant, Banzo va bien au-delà de la mémoire, ouvre sur d’autres mondes à explorer, encourage à l’écriture…  

Banzo, mémoires de la Favela est une oeuvre de création pouvant être lue comme une fiction de la mémoire. J’insiste sur le fait que la favela qui est décrite dans Banzo n’existe plus. Aujourd’hui, les favelas produisent d’autres mémoires, créent d’autres témoins et inspirent d’autres fictions.

Conceição Evaristo

Paula Anacaona a fait un travail de traduction remarquable. L’écriture de Conceição Evaristo est puissante, douce et poétique, se fait l’écho d’un peuple, l’écho d’une multitude de peuples dont la parole, les témoignages – l’expression au sens large – ont été longtemps empêchés et le sont encore aujourd’hui…

Rencontre à Paris (juillet 2017)

Source : site de la maison d’édition

Un deuxième gros coup de coeur après Vaste monde de Maria Valéria Rezende

Absolument superbe !

 

Banzo, mémoires de la Favela de Conceição Evaristo

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