Auteure : Caroline de Mulder

Maison d’édition : Actes Sud

Collection : Actes noirs

Parution : février 2017

Nombre de pages : 224

 

 

 

Présentation de l’éditeur

Sur la route de Maastricht, une villa s’effondre brutalement, et son occupante occasionnelle, la fragile Lies, ne donne plus de nouvelles : son ami Frank Doornen la cherche partout. L’enquête de cet ancien soldat se tourne vers le propriétaire de la villa, amateur de jolies femmes et industriel véreux, qui stocke illégalement dans d’anciennes carrières de calcaire des déchets hautement toxiques pour l’environnement. Avec Tchip, ferrailleur à la petite semaine et recycleur impénitent, Frank va s’aventurer dans les souterrains labyrinthiques à la recherche de Lies. Mais la jeune femme reste introuvable.
Une Flandre dézinguée et glauque abritant une société à la marge, où des femmes-enfants croisent des post-adolescents radicalisés ; une clique d’écolos alternationalistes installés là en protestation ; l’épouse de l’industriel retrouvée assassinée… Après le glamour désenchanté qui caractérisait son roman Bye Bye Elvis, Caroline De Mulder nous fait goûter, de son écriture âpre et sonore, au plaisir d’un conte noir aux personnages cabossés, où les ténèbres des galeries désaffectées reflètent celles des âmes.

J’ai acheté ce roman à La Comédie du Livre de Montpellier au mois de mai dernier. Je dois dire que je suis une lectrice assidue de ces livres à la couverture noire et rouge, généralement ornée d’une mystérieuse image en forme d’invitation à la plongée dans un monde obscur, et que l’on reconnaît entre mille dans un rayonnage de bibliothèque ou de librairie ou encore sur un étal de salon littéraire. Le titre du roman, la quatrième de couverture (dès qu’on me parle de souterrains labyrinthiques, je fonds…), la photo dont on perçoit l’étrangeté au premier coup d’oeil et, bien sûr, les quelques mots échangés avec l’auteure (entre deux séances photos, il faut dire qu’elle est belle Caroline de Mulder…), m’ont donné envie de le découvrir… Et j’en suis ravie !

Il reste une minute.

Au début du roman, les minutes s’égrènent. Lies attend son amant mais elle souffre, écrase une larme, se remaquille… Elle ne sait pas encore que la maison va s’effondrer. Nous, lecteurs, le savons… L’entrée en matière est une vraie réussite.

Frank Doornen n’a qu’une idée en tête, retrouver la belle Lies – celle qui fait chavirer son coeur, celle qui l’accepte tel qu’il est suite à son AVC, celle qui supporte ses accès de violence. Qu’est-elle devenue après l’effondrement de la Villa des Roses ? Il a beau cherché, la jeune femme a disparu… Le commissaire classe l’affaire. Cause accidentelle. Alors Frank mène l’enquête, frappe aux portes, fouille dans les profondeurs… Quitte à s’y brûler les ailes…

L’écriture tout à fait singulière – à la fois créative et percutante – de l’auteure est impressionnante. De courts chapitres, des phrases parfois hachées, des mots soigneusement choisis, des proverbes et expressions en néerlandais qui s’invitent dans le texte, dépeignent l’atmosphère pesante, oppressante des lieux. À l’image même de l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Comme si l’effondrement de la villa qui inaugure le roman balayait du même coup les codes d’écriture. Extrêmement bien menée, l’intrigue – noire, très noire – nous emmène au fin fond de la Flandre. Littéralement. Humour et poésie, de façon inattendue, font aussi partie du voyage.

Monde aérien et monde souterrain se répondent. Comme deux personnages indissociables. Au-dessus du sol, des êtres – vivants ou presque – évoluent à côté de leurs chaussures. Tchip et ses étranges « colocataires » semblent bricoler leur vie à longueur de journée. La femme d’Orlandini – celui qui a eu la brillante idée de stocker des déchets toxiques dans les carrières de calcaire – tient un journal à faire frissonner le plus aguerri des lecteurs, en révélant les obsessions, les déviances de cette femme à la dérive, abandonnée de surcroît par son mari. Celui-ci dont on pourrait se dire qu’il s’inscrit pleinement dans le monde économique – il n’a donc pas de souci à se faire – ressemble plus à un automate, produit d’un système qui le dépasse complètement, qu’à un homme accompli. Des personnages déstructurés, des déchets humains. Mis sur la touche. Par qui ? Pourquoi ? Qui est le plus à plaindre dans cette affaire-là ? Les informations sont livrées au compte-gouttes et pourtant le rythme du roman est trépidant. Au-dessous, ça grouille d’une vie microscopique. Le sous-sol, témoin historique de premier ordre, voudrait riposter, hurler pour se débarrasser de toutes les saletés, passées et présentes. L’ordure finit par remonter, toujours, sous une forme ou une autre.

LÀ-DESSOUS, dans l’obscurité, l’ordure de métal et d’électrodes s’accumule. Inutile matière, entassée pour faire plus petit, prendre moins de place, être oubliée. Entourée du poids de tout ce qui se pose et pèse et tombe, entourée de terre, dans l’envers du sol, de l’autre côté de la lumière. L’ordure se liquéfie, laisse couler des humeurs noires. […] On a oublié que c’est l’homme qui a creusé, creusé par centaines de kilomètres, galeries et labyrinthes. Des années et des siècles sans personne.   

Nous pénétrons, à travers ce texte, au coeur de la psyché humaine, avec ses galeries, ses creux et ses pleins, ses doutes et ses espoirs. Une mise au jour des couches géologiques du cerveau. Calcaire est un roman policier, un roman noir, sans concession aucune, mais aussi et surtout une vue de l’intérieur, peu reluisante il faut le dire, de notre monde actuel. Fort heureusement, il y a la vie, il y a l’amour…

Un coup de coeur !

De Caroline de Mulder, à découvrir…

Source : site de l’éditeur

 

EGO TANGO, Champ Vallon, 2010 ; Babel n°1292.

NOUS LES BÊTES TRAQUÉES, Champ Vallon, 2012 ; Babel n°1437.

BYE BYE ELVIS, Actes Sud, 2014.

Calcaire de Caroline De Mulder
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