Comme un conte de Graham Joyce

Auteur : Graham Joyce

Traduit de l’anglais par : Louise Malagoli

Illustratrice : Hélène Builly

Maison d’édition : Éditions Gallimard

Collection : Folio SF (n°570)

Parution : 2 mars 2017

Nombre de pages : 480

Format : 108 x 178 mm

ROMAN ADULTE

SF – FANTASY (À la croisée des genres)

 

Présentation de l’éditeur

Tara Martin a mystérieusement disparu il y a vingt ans. Son frère, ses parents, son petit ami, tous la croient morte. Pourtant, lorsqu’elle réapparaît ce jour de Noël, elle semble n’avoir pas changé. Peut-être son regard s’est-il alourdi d’une ou deux rides, mais tout indique qu’elle est restée la jeune fille d’à peine seize ans qui s’était évanouie dans la nature. Et c’est peu de dire que sa famille doute des explications qu’elle fournit pour justifier sa longue absence. Quel drame cache réellement son étrange disparition ? Quel événement atroce occulte-t-elle par une amnésie de vingt ans ? À moins que sa singulière version des faits ne soit vraie, malgré ses allures de conte de fées ?

Comme un conte offre une galerie de personnages émouvants et explore de façon brillante les diverses interprétations des mythes féeriques. Le roman a reçu le British Fantasy Award 2013 et le prix Imaginales 2015.

Ce roman m’a été offert par Chloé Paulo, rédactrice web (Cafebookaddict), lors du Swap de Noël organisé par Élodie Bretzel, créatrice et rédactrice du joli blog Au Baz’art des Mots pour le groupe À la recherche de Faërie. Je les remercie toutes les deux car, grâce à elles, j’ai découvert une pépite des littératures de l’imaginaire.

Comme un conte est une œuvre fascinante. Tous les chapitres du roman ouvrent sur une épigraphe. Je les ai toutes notées dans mon calepin, tant elles offrent une belle matière à refléxion ! Véritable cheminement psychologique, entre passé et présent, l’histoire de Tara nous entraîne loin des sentiers battus, nous fait douter du début à la fin, à l’instar de chacun des personnages présents dans le récit. Que s’est-il passé au moment de la disparition de la jeune fille de seize ans ? Pourquoi ne revient-elle qu’au bout de vingt ans ? Comment est-elle accueillie par ses proches ? Vivian Underwood, l’étrange psychiatre qu’elle consulte, réussira-t-il à créer du sens à partir des propos irrationnels de Tara ?

La dichotomie entre le visible et l’invisible, l’un des thèmes centraux de l’œuvre de Graham Joyce, permet à la fois d’en en explorer tous les possibles mais aussi de déconstruire les stéréotypes liés à la figure du passage entre les mondes qui – nous le savons bien – est un des topoï littéraires les plus fertiles dans les littératures de l’imaginaire. Lorsque Tara réapparaît, elle laisse entendre à son entourage qu’elle a été happée de façon irrépressible par un monde féerique, à la fois terrifiant et enchanteur. Les descriptions du passage d’un monde à l’autre restent volontairement assez floues, telles un voile que l’on ne peut – de surcroît – traverser qu’à certains moments de l’année. On n’en retient la magie et la beauté des instants, magnifiés par l’écriture de l’auteur, évocatrice d’images fortes, sensuelles.

L’alternance des flashbacks et des moments présents font écho à une forme de dissolution identitaire. Rien d’étonnant compte tenu du caractère inédit de la situation de Tara…  

Que l’on croie ou non à l’histoire de la jeune femme, l’essentiel ne se situe pas là. Selon moi, il est d’ailleurs impossible de trancher. La question est plutôt de savoir en quoi la façon dont réagissent les personnages au retour inattendu de Tara, est riche d’enseignements sur les méandres de la psyché humaine. Les personnages, très bien campés, vivent en effet un véritable raz-de-marée émotionnel. Leurs actions ou leurs non-actions parlent pour eux. Alors que la mère de Tara choisit de se taire, guidée par la seule crainte de voir sa fille disparaître à nouveau, Peter – le frère – cherche à comprendre, à tout prix. Richie, quant à lui, est celui qui évolue le plus dans l’histoire. Il fut le petit ami Tara. Or, les moments qui ont suivi la disparition de celle-ci lui ont laissé un goût amer… N’est-il pas vrai que les proches sont très souvent les premiers soupçonnés dans les affaires criminelles ?

Sous la plume poétique et symbolique de Graham Joyce, réalisme et merveilleux se mêlent à la perfection. Les mondes deviennent perméables. L’univers s’agrandit. L’invisible apparaît tel une petite musique de fond essentielle à la vie. 

À lire absolument !   

 

Je sais que j’aurais dû refuser son offre. Alors, les choses se seraient passées différemment. Il n’y aurait pas eu de problème. Mais il arrive, dans la vie, qu’une porte s’ouvre et qu’on distingue l’éclat des reflets sur l’eau, et on sait que si on ne s’y engouffre pas, la porte va se refermer d’un coup, peut-être pour toujours. On peut essayer de se convaincre qu’on avait le choix : mais peut-être qu’on aurait dit oui quoi qu’il arrive. On était libre de refuser comme on est libre de retenir sa respiration. On aurait dit oui, quoi qu’il arrive.

Comme un conte, p. 114-115

La lumière était sinistre et magnifique à la fois. C’était ainsi que j’imaginais minuit dans l’Arctique. C’était comme du velours, et le ciel par la fenêtre était un manteau brodé d’étoiles, réconfortant. C’était un baume pour les yeux. J’ai cessé de paniquer.

Comme un conte, p. 201

Le truc, c’est quand tout le monde essaie de te convaincre que ce que tu sais être vrai est en réalité faux, tu finis par les croire un peu ; pas parce qu’ils ont raison, mais parce que c’est plus facile. C’est la solution de facilité.

– Ah ouais.

– Oh, bien sûr. Tu n’as pas la moindre idée de ce que je suis en train de te dire.

Comme un conte, p. 323

À propos des mini-chroniques

 

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