Étolien le Manchot – Le Cycle de Barcil (nouvelle 2) de Jean-Marc Dopffer

Auteur : Jean-Marc Dopffer

Illustrateur : Xavier Drago

Auto-édition

Parution : Septembre 2017

Nombre de pages (version brochée) : 54

NOUVELLE

FANTASY

Peut se lire indépendamment de la première nouvelle du Cycle de Barcil.

Je remercie Jean-Marc Dopffer de l’envoi de sa nouvelle et de sa confiance.

 

Présentation

Étolien, un aventurier aussi taciturne que solitaire, est un étranger dans la cité du Val d’Aquelys, la capitale aux mille facettes du royaume de Tigyl. Traînant dans son sillage un passé chargé, le géant natif des contrées lointaines de l’Ouest vient tenter le sort là où tout reste possible, où chaque rencontre peut ouvrir une brèche dans le tissu du destin.

Quelque chose se trame dans les rouages du pouvoir de Tigyl, le colosse le sent. Les ténèbres frissonnent là où le roi n’est plus vraiment le roi, où la loi n’est plus édictée que par le fil de l’épée. Nichés dans l’ombre, les conspirateurs attendent et échafaudent des stratagèmes pour que viennent des jours où le trône serait leur.

Alors c’est vers la Guilde des Assassins que la fortune de l’homme bardé de cicatrices le porte. Ici, dans les bas-fonds de la cité, sa réputation n’a pas encore fait écho, et il est prêt à se salir les mains pour faire ruisseler l’or à ses pieds. Mettre sa lame au service de la Guilde sera pour lui un moyen de gravir les échelons permettant aux hommes de cran d’être craints et respectés… ou assassinés.

L’aventurier survivra-t-il aux jeux qui sont à l’œuvre dans les égouts de la ville ?
Parviendra-t-il à se tailler une réputation digne de sa hardiesse ?

« Le Cycle de Barcil » est un voyage dont les multiples escales parcourent les époques et les paysages du monde de Barcil. Chaque récit aborde la vie d’un roi ou d’un rufian, d’un assassin ou d’un Dieu. Les aventures se croisent et s’entremêlent, peignant une toile et un univers aux multiples nuances.

Lorsque Jean-Marc Dopffer m’a contactée, il s’est présenté comme un auteur éclectique et m’a proposé de lire un de ses récits – au choix. J’ai apprécié sa démarche et l’en remercie.

Une cinquantaine de pages, c’est très court pour façonner un monde et une intrigue, rendre les personnages vivants aux yeux des lecteurs. Surtout dans le domaine des littératures de l’imaginaire. Je suis toujours admirative des auteurs qui y parviennent. Jean-Marc Dopffer réussit non seulement à planter le décor, mais aussi à nous faire vivre une aventure palpitante dans un monde peuplé de personnages énigmatiques et inquiétants. De quel côté se trouve Étolien ? En très peu de temps, on s’attache à ce géant venu de l’Ouest, cabossé par la vie, mais néanmoins déterminé à obtenir ce qu’il veut. Quitte à en payer le prix fort. J’ai été happée dès les premières lignes de la nouvelle. Jusqu’à la fin, l’écriture de l’auteur accroche, incontestablement. Qui dit nouvelle dit chute. Il y en a une et je n’ai rien vu venir.

Je ne vous raconterai pas l’histoire, la présentation (très réussie) parle d’elle-même. L’univers est sombre, vraiment sombre. On a l’impression que le jour n’existe pas dans la cité du Val d’Aquelys. Dans ses profondeurs, dérobées aux regards et pourtant d’une troublante proximité, se joue l’avenir du royaume de Tigyl. Stratégies, alliances et trahisons dominent largement. La symbolique du souterrain s’y prête à merveille. Y a-t-il des gentils quelque part ? Les dialogues ne s’embarrassent d’aucune fioriture, les échanges vont droit au but. Leur style épuré contraste avec les descriptions poétiques qui parsèment le récit.

Il y a aussi le mouvement. Ce mouvement écrit qui donne l’impression de voir les scènes, d’y assister même. En aucun cas on ne peut arrêter la lecture. Un frôlement, une chope qui dérape sur la table d’une taverne, la mousse qui gicle, des pièces d’or qui s’entrechoquent, un panneau qui coulisse, un pas qui effleure le plancher… Nous sommes au cœur de l’art de créer du suspens.

En plus d’être parfaitement ficelée et d’ouvrir une porte vers l’imaginaire, la nouvelle invite à une réflexion intelligente sur les arcanes du pouvoir. Ce qui fait naturellement écho à notre monde contemporain. C’est exactement ce que j’aime en littérature. J’attends maintenant la parution des autres nouvelles du Cycle de Barcil avec impatience ! 

Extirpé d’un songe idyllique, Étolien s’éveilla.

Son crâne lui faisait un mal de bête. Pourtant, aucun souvenir de rixe ne lui revint. Seules des images disjointes d’une taverne émergèrent, pareilles aux rides ondulant à la surface d’un lac. De l’hydromel et des femmes.

Le colosse promena son regard autour de lui. Les yeux embués par les vapeurs nocturnes, il cilla. Il reposait dans un lit. Sur un épais tapis s’entassaient ses défroques, son épée, ses bottes.

Ses doigts effleurèrent la soie. Les draps étaient taillés dans la plus fine étoffe. Des ornements brodés d’or longeaient les coutures moirées. Les meubles ne dénotaient pas. Bois sculpté et peintures, que seuls les nobles du royaume pouvaient s’offrir, garnissaient les tentures raffinées.

Dehors, le jour naissant dorait les volets entrecroisés.

 

Un panneau coulissa sur des rails, occultant les ouvertures d’une salle rustique : ils étaient coupés du monde. À ce moment seulement les torches furent allumées. La voûte se colora d’orange et les ombres se dentelèrent sur les pierres nues.

Lassé d’arpenter les souterrains sans fin depuis une taverne des bas quartiers Val d’Aquelys, Étolien s’étira. Il maudit sa grande stature qui l’avait contraint à cheminer le dos courbé.

Se familiarisant avec les lieux, il reconnut l’intérieur d’un mazet, ces constructions ancestrales ponctuant les campagnes aux alentours de la capitale. L’étroit édifice avait une forme circulaire, un banc avait été aménagé sur tout son périmètre. Des boiseries habilement disposées masquaient l’accès aux souterrains d’où le groupe était venu – taillé dans la roche, le réseau secret quadrillait toute la région. Au centre, la terre battue recouvrait le sol. L’endroit sentait le rance.

Je n’ai que faire des reflets dorés. Les vrais joyaux du monde sont les astres et les constellations peuplant le ciel.

À lire de Jean-Marc Dopffer

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