Le temps de l’insoumise de Jacquie Béal

Autrice : Jacquie Béal

Couverture : David Pairé / Arcangel

Maison d’édition : Terres d’Histoires (groupe City Éditions)

Parution : 3 janvier 2018

Nombre de pages : 352

Format : 15,2 x 2,8 x 23,5 cm

ROMAN ADULTE

HISTORIQUE

Je remercie Jacquie Béal et la maison d’édition pour l’envoi du roman en version brochée.

Présentation de l’éditeur

Périgord, XIVe siècle. Dans une Aquitaine divisée par la guerre qui oppose la France et l’Angleterre, la jeune Ysolda n’a connu que la brutalité de son père, un homme sans cœur qui n’hésite pas à prostituer ses filles. Et à les battre lorsqu’elles se montrent rebelles. Alors que l’épidémie de Peste Noire ravage le pays, Ysolda refuse sa misérable condition et s’enfuit. Inculte, la jeune femme est terrorisée par les légendes, les monstres et les esprits de la forêt dont elle a entendu parler dans son enfance. Mais un jour, elle découvre l’atelier d’un libraire. Elle n’aura alors de cesse de percer les mystères de l’enluminure et de l’écriture. Dans ce siècle d’hommes, Ysolda connaîtra un destin exceptionnel et, en quête d’amour et de liberté, tracera enfin son chemin vers le bonheur…

Une terre de légendes. Une femme de caractère dans un siècle d’hommes.

Jacquie Béal

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre désormais à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Il fut un temps où…

la Guerre de Cent Ans sévissait, l’épidémie de Peste Noire décimait la population, la crainte et la superstition dominaient les hommes, l’instruction faisait cruellement défaut. Un temps où les sorcières étaient brûlées vives…

Composé de trois parties, d’une liste de noms de lieux et d’un glossaire fort utiles à la lecture, le roman offre une peinture particulièrement instructive du Périgord médiéval. Nous y suivons Ysolda, depuis son enfance à La Taverne de l’Anguille – lieu de dépravation tenu par ses parents, jusqu’à Bragerac et Bourdéu où elle rencontrera des personnages d’exception. Parsemée d’épreuves, la vie de la jeune fille oscille entre terreur et moments de sérénité. Contrainte de fuir, laissant derrière elle les gens qu’elle aime ou qu’elle a aimés, elle n’a d’autre choix que de s’adapter, de grandir presque malgré elle. Est-ce cela vivre, grandir ? S’agit-il uniquement de fuir cette vie de misère, comme le lui répétait sa mère ?

Très bien écrit, le roman est prenant. Il prend la forme d’un récit initiatique en suivant la trajectoire incertaine d’Ysolda dont les mots, les pensées, la sensibilité, les craintes, les silences et la relation aux autres révèlent une fraîcheur inattendue et émouvante.

Du réalisme, du merveilleux et du fantastique

Si Le temps de l’insoumise est un roman réaliste, avec un ancrage des situations et des personnages dans une époque précise, un autre monde se dessine sous la plume de Jacquie Béal. À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de lire un conte. Ce qui n’a pas été – vous l’imaginez bien – pour me déplaire ! L’écriture laisse en effet des blancs que le lecteur peut interpréter et combler à sa guise. La mère d’Ysolda, en lui dévoilant quelques bribes de l’histoire de sa naissance, ouvre une porte vers un imaginaire salvateur. Partagée entre la crainte de l’inconnu et la douceur que lui procurent de précieux objets transmis par sa mère, Ysolda se reconstruit. Recueillie par Nantechilde et Lupa, puis par Floberte et Maître Hennebault – grâce auquel elle découvrira le monde de l’enluminure -, elle réapprend à vivre, quittant peu à peu ses habits de jeune fille fragile et maltraitée, prenant de la distance par rapport à son enfance volée. Dans l’atelier des enlumineurs – père et fils -, si différents soient-ils, la magie opère, jusqu’à guider la jeune femme vers un univers artistique foisonnant. Univers qui ne demandait qu’à émerger. J’ai parfois eu l’agréable sensation, en tant que lectrice, d’être assise aux côtés d’Ysolda, ou bien à la table d’Hermelinde préparant les matériaux, les couleurs, la colle nécessaires au travail des artistes. Dans ces moments-là, on en oublierait presque le contexte historique…

Une suite ?

À la fin du roman, tous les ingrédients sont réunis pour imaginer une suite en cours d’écriture. En effet, le temps de l’insoumise commence tout juste. La renaissance d’Ysolda est simplement esquissée, et l’on pressent que l’avenir qui s’offre à elle l’aidera à s’éloigner du temps cruel où elle vivait chez ses parents, prenant soin de cacher sa beauté et ses formes pour éviter de devoir se plier aux exigences de son père.

Ysolda percera-t-elle le mystère de sa naissance ? Trouvera-t-elle sa place dans un monde dominé presque exclusivement par les hommes ? Réussira-t-elle à vivre pleinement selon ses valeurs, à œuvrer pour un monde meilleur ?  Autant d’interrogations qui restent en suspens.

Pour en avoir le cœur net, j’ai donc posé directement la question à Jacquie Béal.

Je n’ai pas l’intention d’écrire une suite. Je m’attache à accompagner mes personnages de la fin de leur enfance au début de l’âge adulte, au moment où les événements et les rencontres leur ont permis de grandir et de trouver leur voie. Le lecteur a tout loisir pour imaginer une suite. […] J’aime l’inconfort qu’imposent les challenges. Changer d’époque, de milieu social, (la Dame d’Aquitaine appartient à la noblesse du XVIIe siècle)… etc… À chaque fois, c’est une recherche précise et documentée sur les us et coutumes, le langage… Peut-être un jour écrirai-je des sagas, je ne m’interdis rien, bien sûr.

Jacquie Béal, le 4 février 2018

🔶 Petit conseil du Calepin

Compte tenu du prix (élevé) de la version numérique, je vous conseille, si ce roman vous intéresse, la version brochée. L’objet-livre est très beau, la couverture est superbe. Voilà, c’est dit 😊 !

Quelques-unes de mes citations favorites

Les yeux à peine fermés, Ysolda laissa venir jusqu’à elle une forme souriante aux longs cheveux gris. Près d’elle, une louve cherchait à attirer son attention. Les loups ne sourient pas comme les humains, mais ils ont une façon bien à eux de vous encourager à vivre.

Le temps de l’insoumise, p. 125

Ils voletaient sous son pinceau, ils ouvraient le bec pour chanter, ils picoraient. Plus une créature était petite et modeste, plus Ysolda la dessinait dans les moindres détails. La table de la pièce commune était encombrée de tous les minuscules morceaux de parchemin qu’elle récupérait dans l’atelier. Pour ne rien perdre du peu d’espace qu’ils offraient, elle dessinait sur leur face et sur leur revers. Ici, une petite fleur de bleuet, aux pétales si fins et contrastés, plus vrais que nature, qu’on s’attendait presque à respirer le parfum qu’elle exhalait. Là, une fleur de genêt au jaune éclatant, ou un coquelicot.
Le temps de l’insoumise, p. 167
La licorne était contre son cœur, et, furtivement, Ysolda vérifiait parfois si elle était toujours là. Dans un coin, il y avait un signe, celui de la canne brisée, et cela l’inquiétait.
Pourquoi avait-on dessiné et redessiné cet animal étrange jusqu’à la perfection ? Quelques-uns des fragments avaient été brûlés, d’autres simplement roussis. Pourquoi avoir voulu les faire disparaître ? Certains traits avaient été si parfaitement exécutés qu’Ysolda ne pouvait imaginer que leur auteur eût pu les honnir au point de vouloir les détruire. La recherche de la forme idéale poussée à ce point était plus proche de la démence que de la raison.
Quand elle avait découvert ces ébauches, elle avait compris qu’on les avait rangées avec soin. Leur auteur s’était-il ressaisi au dernier moment ?
Le temps de l’insoumise, p. 227

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *