Les livres de Sayuri de Lucia Hiratsuka

Auteure et illustratrice : Lucia Hiratsuka

Traduit du brésilien par : Paula Anacaona

Maison d’édition : Les éditions Anacaona

Collection : Anacaona Junior

Parution : novembre 2016

Nombre de pages : 144

ROMAN JEUNESSE

8 / 12 ans

Merci à Paula de m’avoir offert ce magnifique roman.

 

Présentation de la maison d’édition

Sayuri, fille de Japonais récemment installés au Brésil, rêve d’apprendre à lire et à écrire. Mais la Seconde Guerre mondiale vient briser son rêve : le Japon est du côté de l’Allemagne nazie, alors que les Brésiliens soutiennent les Américains…La communauté japonaise est donc surveillée de près par la police, qui interdit d’écrire ou de lire le japonais.

Mais Sayuri réussit à cacher un livre, sous son matelas… Et rien ne l’empêchera d’apprendre à lire et à écrire, même si elle doit traverser la forêt la nuit, pour aller dans une école secrète !

Un roman écrit et illustré tout en délicatesse sur le goût de la lecture et la résistance culturelle, avec un petit dossier pour mieux connaître le Brésil.

Encore une petite merveille !

Les publications des éditions Anacaona ne cesseront jamais de m’étonner et de m’émouvoir. Ce roman destiné à la jeunesse (mais pas que) nous plonge au cœur d’une sombre période, à la fois proche et lointaine. L’histoire se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale. Le Brésil – immense pays à la faible densité de population – avait à cette époque besoin de travailleurs, notamment pour ses plantations de café. Des Japonais s’y installèrent, dans l’espoir de cultiver leurs propres terres et de posséder leur propre ferme. Nombre d’entre eux ne pourront jamais retourner dans leur pays, en grande partie détruit par les bombes.

Les livres de Sayuri commence par un enterrement. Étrange car, comme l’affirme Sayuri – personnage et narratrice du récit – personne n’est mort. C’est un enterrement de livres. Tous les livres japonais doivent disparaître, le Brésil et le Japon étant ennemis. Sayuri décide alors de cacher un livre, celui que sa maman lui a promis, le premier qu’elle devait lire. Personne n’est au courant.

Des écoles ferment leurs portes, l’effroi s’installe, doucement mais sûrement. Malgré cela, la vie suit son cours. Il y a tant à faire. Sayuri, comme ses frère et sœur, sa mère et son père, ses voisins et amis, maintient un semblant de vie quotidienne. Entre les vers à soie dont il faut prendre soin, les repas à préparer, la lessive, les offrandes pour les dieux, chacun s’affaire, tentant d’oublier – peut-être – le danger qui rôde, partout. Les paroles des adultes, leurs silences, ne rassurent pas les plus jeunes.

C’est alors que la petite communauté japonaise s’organise pour que les enfants suivent des cours. La nuit. Les enfants, éclairés par leurs seules lanternes, bravent leur peur et se rendent, coûte que coûte, à l’école de fortune. Le rêve de Sayuri – lire et écrire – prend forme, si fragile soit-il dans un tel contexte historique. Lettres éphémères tracées sur le sol, cahiers enfouis au fond d’un panier…. Les scènes sont empreintes d’une très grande douceur.

L’auteure s’est inspirée de l’histoire de sa propre mère, similaire à celle de Sayuri. Elle puise dans ses racines japonaises pour nous offrir un texte de très belle qualité et des illustrations magnifiques réalisées à la mine de crayon.

 

Viennent des larmes d’émotion, à la fin. Je décide d’offrir une lecture à mes élèves. Lorsqu’ils apprennent que le livre a été publié par les éditions Anacaona et traduit par Paula, ils sont joyeux. Ils se rappellent leur travail autour de Tonton Couture. Pas un bruit dans la classe. Ils ne veulent surtout pas que j’entame un chapitre que je ne pourrais pas terminer, à cause de cette fichue sonnerie qui rythme nos journées et nous rappelle à l’ordre. Alors on fait durer le plaisir, on discute, on en apprend un peu plus sur la vie des japonais installés au Brésil, sur le déracinement, sur l’éducation et l’amour, sur la résistance. Trois mots – C’est fini ? – ponctuent la lecture mais leurs yeux disent autre chose, je commence à bien les connaître. Ils sont conquis, tout comme moi, par cet hommage de Lucia Hiratsuka à ces femmes, ces enfants et ces hommes résistants qui ont osé faire tourner le monde différemment.

Le Blog de Sayuri

Comme à chaque publication, les éditions Anacaona propose sur leur site de très beaux articles. Je vous laisse découvrir le programme du Blog autour du roman… Vous pouvez même y lire les deux premiers chapitres !

 

Papa a mis la caisse dans le trou, s’est emparé de la pelle et a commencé à la recouvrir de terre. Comme on enterre un mort. Ou bien comme on enterre un trésor ? Les morts ne reviennent pas. Et les trésors ? Reviennent-ils un jour ? Comme dans les histoires de trésors cachés ?

– Nous les déterrerons bientôt, a murmuré mon père.

– J’espère, j’espère… Bientôt, a répondu ma mère d’une voix faible.

– Quand la guerre sera finie… a commencé papa, avant de s’interrompre.

Les livres de Sayuri, p. 9

J’ai senti un vent glacé. Je me suis accrochée à son bras car mes jambes sont devenues toutes molles. Les lumières disparaissaient et réapparaissaient, comme si elles se cachaient derrière les buissons.

– Débarrassons-nous des cahiers, vite ! a dit le plus âgé des garçons, en jetant ses affaires au milieu des hautes herbes. Nous dirons que nous allons rendre visite à un voisin !

– Une visite, à cette heure ?

– Il ne vaudrait pas mieux se cacher ?

[…] Autour de nous, l’obscurité. Personne n’a plus rien dit et un lourd silence s’est imposé. On entendait même nos respirations. Nous avons attendu quelques minutes qui ont paru une éternité. Où les lumières étaient-elles parties ?

Les livres de Sayuri, p. 64-65

 

Monter dans un autobus, connaître la grande ville, prendre le train. J’ai soudain eu envie de connaître d’autres mondes : étudier à l’école de la ferme São Pedro, habiter dans des lieux différents, en ville, où il doit y avoir tellement d’écoles, tellement de choses que je ne connais pas encore… Mais en même temps, je veux habiter toujours au même endroit, près du goyavier, de la balançoire, du nid de fourrier roux, de tout ce que je connais. C’est bien ce que je disais ! Pourquoi les envies opposées viennent-elles toujours ensemble ?

Les livres de Sayuri, p. 112

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