Quatre mois. Cela fait quatre mois – déjà – que j’ai reçu et lu la première version de Ronces Blanches et Roses Rouges. Parce que ce texte joue avec mes sens et résonne en moi comme une douce mélodie, parce que je me suis longtemps demandée si Laetitia Arnould n’avait pas hérité de quelque don d’une marraine-fée, c’est avec un grand plaisir que je vous présente aujourd’hui – dans sa version pleinement et joliment aboutie – le premier roman à paraître chez Magic Mirror Éditions.

Je remercie infiniment la maison d’édition de l’envoi de Ronces Blanches et Roses Rouges, dont la sublime couverture de Mina M Illustration – telle une invitation au rêve et à la plongée dans un univers fascinant et diabolique – réhausse à la fois la qualité de l’objet-livre, la magie et la profondeur du texte.  

Les contes n’ont pas fini de nous surprendre. Si certains adultes acariâtres peuvent les qualifier de passés de mode, de poussiéreux, de bons pour les enfants, ils véhiculent un propos universel et sont porteurs d’une énergie fondamentale, profondément vivifiante. En veut pour preuve leur durée dans le temps, « malgré » leur forme brève. Laetitia Arnould, en répondant au premier Appel à Textes de Magic Mirror, s’est emparée de ce matériau littéraire à la richesse incroyable – plus précisément du conte des frères Grimm intitulé Blanche-Neige et Rose-Rouge – en nous livrant un roman étonnant dans lequel jalousie, vengeance, manipulation, musique et amour se mêlent, le tout savamment orchestré par sa plume enchanteresse…

 

 

Auteure : Laetitia Arnould

Illustratrice : Mina M Illustration

Maison d’édition : Magic Mirror Editions

Collection : Forgotten

Que devient la magie entre les mains d’un esprit malveillant ?

Elevées dans une famille aimante, Blanche et Rose, deux jeunes soeurs aux caractères bien trempés, voient leur vie basculer un soir où leur père – l’Illusionniste – quitte la maison pour monter sur scène, un soir où la terre se met à trembler, au point que la Cité disparaît, en même temps que leur mémoire. Rescapées, oubliant jusqu’à leurs prénoms et leurs parents, elles se retrouvent à la merci de Madame Whitecombe, une femme manipulatrice et avide de pouvoir, prête à tout pour obtenir une forme de magie qui ne lui appartient pas. Les soupçons de Blanche – devenue Sirona – quant aux intentions de leur tutrice et l’annonce de ses fiançailles programmées la décident à fuir, seule. Victime d’un étrange et terrifiant pianiste dont la musique maléfique semble mener une vie autonome, elle réussit néanmoins à retrouver sa mère et sa soeur, grâce à un mystérieux ours-chasseur. Mais l’incohérence de l’attitude et des propos de ses proches – ou bien elle-même devient-elle folle ? – lui fait rapidement soupçonner l’oeuvre de la glaciale Madame Whitecombe, qu’elle se promet de retrouver pour faire cesser les enchantements diaboliques.  

Qu’est devenu le père de Blanche-Sirona et Rose-Eloane ? Qui est donc cet ours mystérieux et bienveillant, confident de Sirona ? Pourquoi Madame Whitecombe met-elle un point d’honneur à détruire la vie des deux soeurs et de leurs parents ?

Autant de questions qui ont trotté dans ma tête au fil des pages et dont les réponses, dévoilées ou simplement esquissées, ont parfois provoqué stupeur et effroi : elles font écho à notre manière d’être au monde aujourd’hui.

Nous ne sommes pas dans un livre. Nous sommes dans la réalité.

Une écriture ciselée et évocatrice d’images

Une maisonnette jolie comme dans un conte et coiffée de chaume, venait d’apparaître de nulle part.

            — La chaumière ?

Elle était comme le mirage dans le désert : la promesse d’une oasis, d’un refuge, d’une main tendue. Le décor dans lequel elle baignait paraissait lui aussi surgir d’un ailleurs idyllique. Et pour cause ! La tempête avait beau mugir encore et encore dans la forêt, un écrin invisible préservait la chaumière, et ses proches alentours, de sa fureur glaciale. Les arbres avaient revêtu un harnais fait de neige fondue puis gelée en un éclair, qui coulait maintenant de leurs branches comme des cascades de diamants.

Il y avait aussi des ronces. Des centaines de tiges entremêlées, aussi blanches que la neige et toutes hérissées de piquants brillants. Elles parachevaient l’étonnant paysage d’une basse muraille végétale.

            Elles avaient toujours été là.

La propriétaire de la chaumière, Mme Whitecombe, avait beau les couper, les arracher ou les piétiner, elles revenaient toujours et pour cela, cette femme les maudissait.

Si Les yeux sont le miroir de l’âme – comme l’affirme le père de Blanche et Rose, les mots de Laetitia Arnould sont le révélateur d’un inconscient et d’un imaginaire collectifs qu’elle s’emploie à sculpter de façon personnelle et touchante, variant les styles avec une grande dextérité. On y retrouve, bien sûr, des figures et des thèmes du conte originel – dont on peut lire une version à la fin du roman (une belle surprise que nous fait Magic Mirror), mais l’auteure procède à des ajouts, des détournements, des mises en abymes (que je vous laisse découvrir…) qui concourent à une dimension dramatique et un suspense hors pairs. Des phrases courtes et percutantes aux pararagraphes poétiques et détaillés, narration, descriptions et dialogues s’organisent en un ensemble à la fois mosaïque et harmonieux, rendant la lecture très agréable. La forme romanesque du conte, qui correspond à la ligne éditoriale de Magic Mirror Éditions, permet cela et prend ici tout son sens. Contrairement aux formes brèves, la plume de l’auteure s’est amusée en effet à délier, à épaissir les traits de caractères ou les sentiments, à faire s’entrechoquer ou se caresser les objets, les personnages, les espaces, à accélérer ou ralentir le temps, à faire durer le plaisir ou le déplaisir des situations – comme autant de variations sur un même thème. De jolies trouvailles parsèment le roman, comme la Nuit des Toujours,  les Pluies des-Sans Pourquoi et l’atrium mouvant aux instrument magiques…

L’image d’Épinal qui semble se dessiner sous nos yeux dans les premières lignes du roman – une famille heureuse, quelques clichés bien choisis – est vite balayée par l’ondulation de la terre qui engloutit la Cité. Cette onde de choc se propage et se prolonge tout au long du roman. À chaque lecture (oui, je l’ai lu trois fois…), j’ai eu une sensation de vertige, tant certains passages me rappelaient d’autres histoires, d’autres quêtes initiatiques, d’autres univers poétiques et oniriques que j’apprécie particulièrement. J’ai eu l’impression de me retrouver tour à tour (pour n’en citer que quelques-uns) dans La Belle et La Bête (les scènes du château), À la croisée des mondes de Philipp Pullman (la relation entre Sirona et l’ours), La Passe-miroir de Christelle Dabos (le mariage forcé, le transfert des pouvoirs, les illusions) ou encore L’Odyssée (le chant des sirènes, Pénélope).

Le traitement des personnages et de leurs relations est époustouflant. Tous les protagonistes apparaissent en effet dans toute la dualité et la fragilité dont ils sont porteurs, sans pour autant nous révéler l’intégralité de leurs secrets. Reliés par des fils ténus, si l’un d’eux faiblit, on imagine très vite que c’est tout un mécanisme – alors même que nous ne connaissons pas encore les tenants et les aboutissants de l’intrigue – qui s’écroule. L’identification et l’attachement aux personnages fonctionnent à merveille. On vit pleinement, le temps du roman, avec les deux soeurs, que l’on suit depuis leur enfance jusqu’à l’âge adulte. Leur évolution est palpable (les ellipses temporelles aidant), les différences se creusent, mais leur merveilleuse complicité résiste au temps qui se joue d’elles et aux multiples épreuves. On voudrait pouvoir détester Madame Whitecombe, le nain, le pianiste, ou même le valet du château – complice, semble-t-il, d’une vaste et infernale machination, mais on passe, sans même s’en rendre compte, par une mutitude de sentiments contradictoires.  Et l’on en perd ses repères. Le jeu en vaut largement la chandelle, comme on dit, et certaines questions restent ouvertes.

Ronces Blanches et Roses Rouges nous fait voyager au-delà des traditionnelles frontières génériques. Selon les points de vue, le merveilleux s’inscrit naturellement dans la « normalité » ou non. Fantastique et merveilleux sont donc à l’honneur et cohabitent naturellement. Je l’interprète, pour ma part, comme un écho aux divergences des deux soeurs en ce qui concerne la croyance en la magie.  La filiation gothique, également, est perceptible dans l’esthétique des espaces et l’atmosphère mystérieuse qui s’en dégage. Des lieux isolés,  une forêt quasi impénétrable, participent de la mise en scène de topoï caractéristiques du genre : la mort et le motif du double, qui se manifestent sous des formes multiples et inattendues, interrogeant au passage la notion d’identité et notre rapport à l’étrange, tout en mettant au jour nos peurs ancestrales. Cette oscillation entre les genres cristallise le trouble et l’inconfort qui font hésiter les protagonistes et le lecteur entre répulsion et fascination.

De l’importance des éléments naturels, des objets, de l’espace et de la musique

Une table avait été dressée, d’une longueur extravagante. Comme celle des murs, et comme celle de tout ce qui semblait constituer le domaine. Elle était si longue, taillée dans un bois de chêne dense, que Sirona n’en devina même pas l’extrémité, avalée par les ténèbres.

À la lueur de quinze chandeliers à quinze branches, surmontés de bougies de cire à demi consumées, la grande table débordait de vaisselle et d’une ménagère étincelante : cuillères, couteaux à melon ou à poisson, fourchettes de toutes les tailles et de toutes les formes, pinces à sucre ou à gigot, service à hors-d’oeuvre, porte-huilier, théières, carafes et compotiers… Tout était en argent ou en cristal, parfois les deux. Tout débordait de luxe et du charme de l’ancien.

Les descriptions, toutes plus belles les unes que les autres, arrivent toujours à point nommé, mettant nos sens à rude épreuve. Elles rythment le récit et prennent part – pleinement – à la construction de l’identité et à la quête des protagonistes. Les éléments, les objets, les espaces, la musique sont dotés d’une vie propre, se mettent en mouvement, faisant écho à la malveillance de l’intimidante marâtre, à l’incompréhension grandissante de Sirona, aux relations complices ou diaboliques qui se nouent entre les protagonistes. La tempête, les flocons de neige, les ronces et les roses, la chaumière, les flammes de l’âtre, la forêt, le château, tous participent à leur manière aux épreuves. Adjuvants ou opposants, ils agissent avec autant de conviction et de force que les personnages eux-mêmes et acquièrent un nouveau statut. Certains passages (beaucoup même…) sont magistraux !

Au fur et à mesure qu’il composa, un drôle de mécanisme se mit en marche. Le sol parut se disloquer et Sirona crut voir un enchevêtrement de rouages sous les lattes d’un parquet mouvant. Les alcôves s’écartèrent et la scène centrale, celle où le jeune homme jouait du piano une minute plus tôt, disparut vers l’est en tourbillonnant. Lentement, elle fut remplacée par celle de l’harmonium, dans un concert de grincements et de couinements sourds.

Si la musique du Pianiste, fil rouge du roman, magnifie les jeux d’apparences et d’illusions présents à tous les coins de pages, elle revêt aussi une dimension sensuelle et terrifiante, et « l’acte d’amour », amené avec intelligence et subtilité, a lieu juste sous nos yeux. Mais on n’oublie pas l’envoûtement maléfique dont est victime Sirona. Ce passage est incroyable…

Lentement, il promena ses doigts sur les touches, les marches comme les feintes. Elles lancèrent les marteaux dans un ordre bien précis et les sons, créés par un choc, s’envolèrent au niveau des cordes pour être étendus par la table d’harmonie. Très vite, ils doublèrent d’intensité. Leur timbre et leur couleur étaient exquis et Sirona s’y abandonna avec délectation.

Divinement chamboulée, elle eut la surprise de voir ses propres membres entrer en mouvement. Son épaule effleura celle du pianiste. Leurs bras se frôlèrent avec délicatesse, sans jamais vraiment se heurter. Comme des carresses.

Un petit mot sur la forme

L’architecture du récit est parfaite. Deux grandes parties, des chapitres aux titres énigmatiques, un prélude, un interlude et un postlude composent le roman. Chaque chapitre comporte une introduction qui prend la forme d’une pensée – belle matière à réfléchir. Un vrai bonheur !

Pour finir…

J’avoue avoir mis plus de temps que prévu à la rédaction de cette chronique. L’inquiétude de ne pas trouver les mots justes m’a taraudée un moment.  Laetitia Arnoud est une alchimiste, une magicienne des mots et une conteuse-née, et je me suis fait (bêtement) la réflexion qu’il était plus facile d’écrire sur le conte d’un Charles Perrault d’un autre siècle (que j’adore) ou d’un Neil Gaiman à l’autre bout du monde (que j’adore) que sur le roman d’une auteure accessible et proche de ses lecteurs !

Ronces Blanches et Roses Rouges est un ENCHANTEMENT, un BIJOU, un COUP DE COEUR qui mériterait, selon moi, d’être lui-même adapaté (en tant que conte qui se respecte, n’est-ce pas ?) en film d’animation ou autre surprise artistique. Ceci est un message personnel mais non-confidentiel adressé à Laetitia Arnould et Mina M Illustration qui pourraient, une nouvelle fois, marier leurs talents pour créer un roman gaphique, non ? 

Pour suivre le travail des auteure et illustratrice, de la maison d’édition, pour commander Ronces Blanches et Ronces Rouges, les informations sont par ici…

Et comme il est toujours intéressant de croiser les points de vue, je vous invite à lire aussi les chroniques (Ronces Blanches et Roses Rouges) d’autres blogueurs…

D’Pêche Cuturelle
Le Carnet Enchanté
Une fille à la vanille
Pause Earl Grey
Bangarang Daily
I Believe in Pixie Dust
Les Lectures de Marinette

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

À Bientôt !

Service Presse : Ronces Blanches et Roses Rouges de Laetitia Arnould

6 pensées sur “Service Presse : Ronces Blanches et Roses Rouges de Laetitia Arnould

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