Auteure : Maria Valéria Rezende

Traduit du brésilien par : Paula Anacaona

Illustrateur : Mauricio Negro

Maison d’édition : Anacaona Éditions

Collection : Terra

Parution : mars 2017

Nombre de pages : 176

Je remercie Babelio et les éditions Anacaona pour l’envoi de ce livre, que j’ai reçu dans le cadre de l’opération Masse Critique. Un grand merci également à Paula pour le marque-page et le petit mot accompagnant Vaste monde.

Présentation de l’éditeur

Dans ce village fictif du Nordeste brésilien, la vie suit son cours sans grande turbulence. Mais dans ce trou perdu habitent des femmes à poigne, des tueurs à gages, des jeunes rêveurs et des prêtres progressistes qui retroussent la soutane dans les luttes agraires… Comme le monde de ce petit village est vaste !

Avec un regard généreux et tendre, dans une langue simple et savoureuse, voici l’histoire d’une terre, mythique et mystique, dont la richesse se dévoile à chaque page. 

La présentation de l’éditeur, courte et accrocheuse, m’a tout de suite donné envie de découvrir ce qui se passe dans ce « trou perdu ». Recueil d’histoires, entre contes et nouvelles, Vaste monde prend place à Farinhada, dans l’État de Paraíba, au nord-est du Brésil. Maria Valéria Rezende nous conte le quotidien, les habitudes, les croyances des habitants qui peuplent le petit village imaginé par l’auteure, à travers des scènes de vie à la fois ordinaires et extraordinaires. Nous y croisons des personnages attachants et surprenants, qui ne laissent jamais indifférent, et dont certains apparaissent dans plusieurs histoires. Et l’on comprend pourquoi, au fil de la lecture, Farinhada s’apparente à un vaste monde

L’objet-livre est remarquable. À la couverture colorée invitant à la tourne des pages et au voyage, au texte percutant et drôle, s’ajoutent de très belles illustrations en noir et blanc.

Un amour d’un autre monde
C’est la vie !

Une écriture poétique et cristalline

L’écriture de Maria Valéria Rezende est un enchantement, magnifiquement relayée par celle de Paula Anacaona – traductrice de l’oeuvre. Sans fioriture, les mots sonnent juste. Et parfois, la langue se délie, avec des détails, des énumérations, des digressions tout à fait inattendus. Un vrai bonheur ! Cela m’a rappelé la plume d’Horacio Quiroga dans ses Contes de la forêt vierge, créant une sensation étrange et exquise de distance et de proximité. Distance car l’on a tôt fait d’imaginer des terres exotiques, avec les noms brésiliens des personnages, villes et autres villages. Proximité car, dans chaque histoire, on suit le parcours d’un personnage, entre réalisme et merveilleux, dont on peut reconnaître la dimension mythologique et donc la portée universelle. Ce sont de vrais héros auxquels nous avons affaire.

Puis, il y a notre chère et précieuse Terre qui s’exprime à son tour à trois reprises. Personnage à part entière, mère nourricière et protectrice portant un regard lucide et bienveillant sur les Hommes.

LA VOIX DE LA TERRE  I

Je les connais tous. Je les reconnais à leurs foulées, et grâce à elles je devine leurs humeurs, leurs sentiments, leurs urgences, leurs paresses, leurs contentements, leurs peines. Je connais leur grandeur et leur mesquinerie. Je suis capable de lire leurs pas quand ils effleurent mon sol dans des courses joyeuses de petits pieds, ou quand ils m’oppriment du poids de vies entières. […]

Ce double effet – distance et proximité – permet au lecteur d’ouvrir une large fenêtre sur le monde, d’appréhender l’humanité dans sa diversité, celle qui relie et non celle qui sépare… En ce sens, le titre de l’oeuvre est très bien choisi.

Histoires surprenantes et figures émouvantes

Chaque histoire possède un rythme propre et une singularité touchante. À chaque fois, les retournements de situation et les chutes des nouvelles surprennent, alors même qu’à certains moments les Farinhenses semblent vivre au ralenti.  Contraste magistralement mené par l’auteure. S’il est impossible d’évoquer ici toutes les nouvelles – il y en a dix-huit ! – certaines m’ont particulièrement marquée, comme Clins d’oeil, Le joueur, Un amour d’un autre monde, Bonnes nouvelles et Il faut rêver. L’époque où Donna Eulalia fut heureuse est également un petit bijou. Je vous laisse découvrir ici l’incipit… 

Assis Ténorio se réveilla à deux heures du matin avec l’impression qu’on lui plantait un aiguillon dans le dos, il jura comme un charretier et réveilla d’un coup de coude Dona Eulalia, qui dormait recroquevillée dans un coin du lit pour ne pas gêner son mari. Avant même d’ouvrir les yeux, elle s’excusa, sans savoir de quoi, mais au cas où

Plus que des personnages, les protagonistes incarnent de véritables figures. Comme dans les contes, leur psychologie –  peu développée – laisse toute la place à l’imaginaire du lecteur. Et si le Brésil peut nous sembler bien loin, à nous autres – lecteurs européens, Vaste monde s’adresse à un large lectorat, la culture brésilienne ne constituant en aucun cas un prélable à la lecture pour l’apprécier. De mon côté, je ne connaissais pas du tout la littérature brésilienne et la découverte fut totale, pour mon plus grand plaisir.

La seule chose qui me manque, dans Vaste monde, est une table des matières, afin de retrouver rapidement une ou plusieurs histoire(s). Vous savez… comme quand on a une envie soudaine de relire, ici et maintenant, un passage d’un livre. Ou bien lorsqu’on veut le faire découvrir à un(e) ami(e). Anecdotique, me direz-vous ? Oui, sans doute… comparé à la qualité du texte. N’empêche que j’ai quand même inséré des petits post-it colorés avec les titres au début de chaque nouvelle…

Sujets sérieux et humour

Vaste monde est aussi un texte profondément engagé. Engagé, oui, mais sans en avoir l’air… L’impression première d’une succession de faits et d’actions, de la présence de personnages dont la psychologie ne nous est que très peu dévoilée, associée à un humour absolument délicieux – humour lié aux situations mais aussi aux procédés d’écriture, souligne et réhausse la profondeur du propos, met au jour les thèmes fondamentaux abordés tout au long du livre. Les relations humaines, l’émancipation des femmes, l’enfance, l’éducation, la force et la fragilité des hommes, l’idée du voyage y sont mises à l’honneur de façon magistrale.

Lorsqu’on découvre la biographie de Maria Valéria Rezende, dont trois pages sont consacrées à la fin du recueil, on comprend mieux les idées sous-jacentes et la puissance de son écriture. Les combats qu’elle a menés et qu’elle continue de mener, en particulier la lutte contre l’analphabétisme et l’éducation des adultes, nous permettent en effet de mieux saisir à quel point elle s’en est inspirés pour offrir à ses lecteurs une oeuvre sans frontières…

Vaste monde est un énorme COUP DE COEUR. Ce n’est pas un livre que j’ai lu d’une seule traite. Au contraire, j’ai pris le temps de le savourer, de faire des allers-retours entre les nouvelles… J‘aurai plaisir à le relire et à l’offrir à ceux que j’aime !     

Une merveille !

Nous sommes une toute petite structure et nous nous investissons dans chaque livre comme si c’était notre bébé…

Je vous recommande de parcourir le site de la maison d’édition (créée en 2009) qui, en plus de son catalogue déjà bien fourni – entre romans adultes (nordeste, favela, epoca) et romans junior (8/12 ans), propose une partie BLOG avec des articles et des dossiers de qualité exceptionnelle.

Et pour suivre le fil d’actualités des Éditions Anacaona, c’est par ici…

 

Vaste monde de Maria Valéria Rezende

2 pensées sur “Vaste monde de Maria Valéria Rezende

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