Titan Noir de Florence Aubry

Auteure : Florence Aubry

Illustration de couverture : Ronald Curchod

Graphisme de couverture : Olivier Douzou

Maison d’édition : Éditions du Rouergue

Collection : doado

Parution : avril 2018

Nombre de pages : 192

Format : 14 x 20,5 cm

ROMAN JEUNESSE

À partir de 13 ans

Je remercie les Éditions du Rouergue et Babelio.

 

Présentation de l’éditeur

Un roman bouleversant sur la condition animale dans les parcs aquatiques.

Employée dans un parc océanographique, Elfie, 18 ans, devient rapidement dresseuse d’orques. Mais alors qu’elle nous raconte sa relation privilégiée avec l’une d’entre elles, Titan Noir, une autre voix dresse un panorama terrifiant de ces parcs… et nous dévoile l’identité réelle de cette orque. Inspiré de l’histoire d’un vrai cétacé, le roman de Florence Aubry s’inscrit dans les campagnes actuelles appelant à la fermeture des parcs aquatiques, où le spectacle de divertissement repose sur la captivité et la souffrance des animaux.

Imaginez…

Une foule d’enfants, des étoiles plein les yeux. Des parents bardés d’appareils photos, de tablettes ou autres caméras, prêts à saisir les instants magiques qu’offrent les animaux et leurs dresseurs dans le parc aquatique. Tous attendent le début du spectacle avec une excitation grandissante. L’effervescence est à son comble. Une éternité qu’ils attendent cela. Il faut dire que tout a été mis en œuvre pour ne pas leur faire regretter le long voyage parcouru pour arriver jusqu’ici, l’argent déboursé pour assister aux époustouflantes performances.  

Imaginez maintenant…

Que l’on vous prenne par la main et que l’on vous consuise jusqu’aux coulisses de ce spectacle aux allures grandioses. Qu’y a-t-il sous la couche de vernis ?

C’est ce que découvre Elfie, presque malgré elle. Tout d’abord caissière à l’entrée du parc, on lui propose de s’occuper des manchots, puis de remplacer Stacy pour devenir la dresseuse officielle de Titan – un épaulard à la beauté saisissante, intégralement noir, en captivité depuis de longues années. Elle accepte les différents postes. Sa mère a beau tenter de l’en dissuader, elle résiste, elle s’oppose, elle la laisse discourir sur la condition animale. Elle s’en moque, elle fera ce qu’elle voudra, elle a dix-huit ans.

Pourtant, deux rencontres catalysent la bascule d’Elfie, lui permettent d’ouvrir les yeux. En très peu de temps, elle passe des certitudes aux doutes, puis des doutes à l’effroi. Elle grandit, réalise qu’elle fait partie d’une vaste machination et comprend peu à peu qu’elle va devoir faire un choix. Tout(e) adolescent(e) se reconnaîtra aisément dans ce personnage attachant et sensible.

Que sait-elle de Titan finalement ? Rien. Ce ne sont certainement pas les journées harassantes, le discours lénifiant appris comme une ritournelle et servi comme une soupe tiède par les employé(e)s du parc, qui lui donnent envie ou même l’idée de faire des recherches sur les dysfonctionnements qu’elle commence tout juste à percevoir.

Nous pourrions, bien sûr, évoquer longuement la maltraitance subie par les animaux captifs. Au fil des pages, on la lit, on la devine, on l’a en horreur. Ou bien ouvrir le débat sur la légitimité d’une pensée, d’une peur ou d’une colère animale. Mais l’intérêt du roman réside aussi et surtout dans l’histoire qui nous est contée, avec délicatesse. Chacun se forgera sa propre opinion.

Pages blanches et pages noires alternent. Deux voix. La voix d’Elfie et une autre voix mystérieuse, dont on apprend tardivement dans le roman à qui elle appartient. Cette double narration en je apporte une grande profondeur au récit. 

En quelques mots

Magnifique roman choc, entre fiction et réalité, Titan Noir est une ouverture sur le monde. Florence Aubry s’est inspirée du film documentaire Blackfish de Gabriela Cowperthwaite. Aborder le thème difficile de la condition animale dans les parcs aquatiques dans un roman s’adressant aux adolescents et aux jeunes adultes est un défi de taille que l’auteure a su le relever avec brio, grâce à sa très belle écriture et à ses talents de conteuse ! Je conseille ce roman en tant que citoyenne, maman et enseignante.

Une réussite !

Il va lui faire du mal et je pense qu’ils le savent. Ça va arriver, malgré lui. Un jour, ses gestes seront les mêmes que tous les autres matins, la fille ne fera rien de plus et rien de moins, la journée se déroulera comme toutes les autres journées, avec ses foutus points d’orgue toutes les heures… onze heures… quatorze heures… Il y aura toujours sa gentillesse, sa voix douce, sa main confiante, son sourire grand et franc, et pourtant il lui fera du mal.  

Titan Noir, p. 9  

Trois mois maintenant que je travaille au parc. Le matin, je m’occupe des manchots. Je nettoie leur enclos. Je change l’eau des bassins et des auges. Je les nourris. Je soigne les petites blessures lorsqu’elles ne nécessitent pas l’intervention d’un vétérinaire. Je distribue les médicaments. Je joue un peu avec eux, selon le temps qu’il me reste. Avec Alfonso, principalement. Au début, il n’acceptait pas que je pose la main sur lui. Mais maintenant, il me laisse faire, la plupart du temps. Il reste immobile, tendu comme un arc, prêt à dégager le plus loin possible si je m’aventurais à dépasser les limites mais il me laisse faire.

Titan Noir, p. 49-50

Elle sait tout, ou presque. La dresseuse de Titan. Parce que j’ai menti.

Titan Noir, p. 147

Je le sens fatigué, irrité, mais je plonge dans l’eau, c’est le déroulé, il faut qu’on répète tout, comme pour le vrai spectacle. Et là je sens sa mâchoire, autour de ma main. Il me tient. Je sens ses dents, contre mes doigts. Je pense à cette fille, sur la vidéo. Je pense à cette famille, au milieu de l’océan, à tout ce sang, dans l’eau salée. Je suis fatiguée, autant que lui. Je suis prête à accepter, ce qu’il a décidé, lui qui a toujours subi.

Titan Noir p. 150

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.