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Pratique de lecture

Ma pile à lire ne me fait plus peur

Le Calepin d'une Lectrice 19 juillet 2026

Vingt-neuf. C'est, au moment où j'écris cette page, le nombre de livres qui attendent sur l'étagère du couloir — ma pile à lire, ma PAL, comme on dit dans les blogs depuis toujours. Il y a quelques années, ce chiffre m'aurait serré la gorge : autant de devoirs non rendus, autant de preuves d'inconstance. Aujourd'hui je le recompte avec une tranquillité de jardinière. Voici comment l'armistice a été signé.

Une pile à lire n'est pas une dette

Le vocabulaire nous piège : on dit « en retard sur sa PAL » comme on dit en retard sur un loyer. Mais personne ne nous a prêté ces livres contre remboursement — nous les avons choisis, souvent dans un moment de joie. Une pile à lire est un stock de promesses, pas un échéancier. Le jour où j'ai cessé de la compter en « retard » pour la compter en « réserve », comme on regarde une étagère de confitures, la même pile est devenue un luxe au lieu d'un reproche.

Trier par envie, jamais par devoir

Ma pile n'est pas rangée par ordre d'arrivée ni par ordre alphabétique, mais en trois familles mouvantes : les livres d'appétit (ceux que je pourrais ouvrir ce soir), les livres de saison (ceux qui attendent le bon moment — un été, un chagrin, des vacances), et les livres d'ancienne moi (achetés par une personne que je ne suis plus tout à fait). Le tri se refait en dix minutes, deux fois par an, et c'est un plaisir en soi : on y mesure combien on a changé, mieux que dans un miroir.

La sortie de pile est une porte, pas un échec

Un livre peut quitter ma pile sans avoir été lu, et c'est la clause qui change tout. Les livres d'ancienne moi repartent — donnés à des amies, déposés dans une boîte à livres, rendus à la bibliothèque municipale quand c'étaient des emprunts trop optimistes. Ce n'est pas un renoncement, c'est une remise en circulation : quelqu'un d'autre est aujourd'hui la lectrice exacte de ce livre-là. Le garder par principe n'aurait rien d'un hommage ; ce serait juste de la poussière organisée.

Nourrir la pile est aussi un art

Je n'ai jamais réussi — ni vraiment essayé — à « geler » mes acquisitions. En revanche, j'ai une règle d'entrée : un livre ne rejoint la pile que si je peux dire en une phrase pourquoi lui, pourquoi maintenant. La phrase va dans mon calepin, à la page des arrivées. Quand je pioche ensuite dans la pile, je relis ces phrases : la moitié du choix est déjà faite par celle qui a eu l'élan. C'est le seul système anti-accumulation qui ait tenu chez moi, précisément parce qu'il n'interdit rien.

Mon inventaire de paix

  • Recompter la pile sans soupirer : si je soupire, c'est le tri qui manque.
  • Une seule pile visible ; les réserves profondes dorment dans l'armoire.
  • Jamais de défi chiffré annuel — la lecture n'est pas un abonnement de sport.
  • Toujours un livre d'appétit sur le dessus, pour les soirs sans décision.